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Culte du 18 janvier 2026
Partage
1 Co 1, 18-25 et 30 et 2, 1-5 Culte à Puylaurens le 8 février 2014
Dans la jeune communauté chrétienne de Corinthe il y a des
divisions, chaque groupe vantant l’éloquence de son leader contre les autres.
Paul réagit vigoureusement : il refuse la mise en avant de la sagesse du
discours. Car en se basant sur les capacités oratoires de tel ou tel, on réduit
à néant la croix du Christ !
Nous voilà à l’essentiel : la parole de la croix qui est tout sauf un
discours admirable valorisant l’humain.
Cette notion de « parole de la croix » est centrale chez Paul. La croix
du Christ est désormais, pour lui, le critère à partir duquel toute la réalité
est interprétée : le monde, l’être humain dans les situations qu’il affronte,
les choix qu’il a à faire. Tout discours sur Dieu n’est désormais possible
qu’à partir de la croix. Luther écrira : « La croix met tout à l’épreuve. »
Désormais le seul discours possible sur Dieu l’est à partir de la croix. Qui
est Dieu ? Dieu n’a désormais d’autre visage que le Crucifié. D’où les mots
radicaux de Paul : « J’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon JC et
JC crucifié ! »
Et la résurrection me direz-vous ? Vous savez que Paul la défendra
vigoureusement dans cette même lettre, au chapitre 15.
Mais dans la pensée de Paul, la résurrection n’est surtout pas l’annulation
de la mort du Christ. La résurrection pour Paul n’est surtout pas une
rectification ou une disparition de Vendredi St. Au contraire, elle en révèle
la portée. Dieu s’est bien révélé de façon ultime dans le Crucifié.
Ce centre qu’est la mort du Christ en croix donne donc naissance
chez Paul à cette « parole de la croix » ou « prédication de la croix » on dit
même aujourd’hui « théologie de la croix ».
A la suite de plusieurs spécialistes je vous propose de nous arrêter sur
3 aspects décisifs de cette parole de la croix.
1- La parole de la croix est d’abord polémique et critique : elle remet
en cause le monde tel qu’il est et l’être humain tel qu’il vit.
2-Ensuite, je l’ai déjà dit, elle est révélation de Dieu.
3- Et enfin la parole de la croix nous révèle notre salut.
1- La parole de la croix d’abord conteste les réalités que nous vivons et
les valeurs auxquelles nous adhérons.
Ce n’est pas théorique à Corinthe. Paul, parce qu’il se réfère à la croix
dénonce ce qui est en honneur dans la communauté.
Et notez bien que ce que Paul critique ce n’est pas les déficits, les
faiblesses, les échecs bien humains des Corinthiens. Non ! Ce que la croix
met radicalement en cause ce sont les performances, les réussites les plus
hautes des humains !
Des proclamateurs de la Bonne Nouvelle doués, éloquents, capables de
convaincre par leur argumentation de nouvelles personnes, qui de nous
n’en rêve pas ?
Paul est radical : les capacités humaines intellectuelles pour donner
une cohérence au monde, pour expliquer Dieu, sont néant, ineptie face au
corps du Crucifié lamentablement torturé sur le bois.
La sagesse tant prisée par les Grecs est une vision d’ensemble,
harmonieuse et équilibrée, élaborée par la raison, permettant d’expliquer le
monde. Cela rappelle notre monde dominé par l’exercice de la raison,
scientifique et technique. Celle-ci se pose comme le seul discours
cohérent, capable de déchiffrer le monde et de l’organiser.
Cette sagesse est rendue folle par Dieu.
L’autre voie est spirituelle, religieuse. La plus haute voie est représentée
par le judaïsme. Si les Grecs recherchent la sagesse, les Juifs eux
demandent des signes. Dieu est assigné à la place du Dieu puissant dont on
exige des signes dans l’histoire, des interventions puissantes qui permettent
de croire en lui.
Face à cette double quête humain religieuse et rationnelle, Dieu oppose la
folie, le non-sens d’un Crucifié.
Nous ne réalisons plus combien l’annonce d’;un Messie, bien plus du fils de
Dieu, sous la forme d’un crucifié était absurde et choquante pour les gens
de l’Antiquité. Pour les Juifs c’est justement un maudit de ce Dieu qui
intervient puissamment dans l’Histoire.
Pour les Grecs, épris de beauté, d’équilibre, et pour qui le divin est dans la
perfection et le total bien-être, c’est une stupidité sans nom que d’annoncer
que le Crucifié est la révélation-même de Dieu!
Mais les chrétiens de Corinthe aux-même fonctionnent avec cette
conviction de pouvoir présenter Dieu dans un discours cohérent et
convaincant, donc, par des discours humains brillants. C’est la parole de la
croix qui vient ruiner cette prétention humaine à disposer de Dieu, à
l’intégrer dans notre perception de la réalité. La croix critique et remet en
cause notre volonté de puissance et de mainmise sur Dieu, en premier lieu
dans l’Eglise !
2-Cette crise de la connaissance, cette dénonciation par la parole de la
croix ouvre la voie, à la révélation de Dieu. C’est mon 2ème point.
Cette folie, ce scandale du Christ crucifié, totalement faible,
impuissant, méprisable met en crise toute nos représentations de Dieu et
toutes nos prétentions à le détenir, à le cerner par un discours rationnel.
Il apparaît que Dieu est autre, souverainement libre, à mille lieux du Dieu
cohérent des philosophes ou du Dieu tout-puissant de la piété qui lui
demande des signes clairs !
Dieu a choisi de se faire connaître là où personne ne l’attendait : sur le
gibet d’un supplicié, dans un supplicié qui ne peut être qu’un criminel ou
un esclave, un sous-homme. Dieu est dans l’impuissance radicale et à la
place la plus infamante, celle où aucun humain ne peut désirer être. Pire
Dieu est tué, Dieu est mort !
C’est fou, absurde aux regard de toutes nos valeurs et de nos attentes vis-à-vis du divin!
Mais notez que si Dieu advient dans la faiblesse, dans ce que le
monde méprise ou fuit, dans la mort-même, c’est, dit Paul, parce que les
hommes ne l’ont pas naturellement reconnu par la sagesse. L’homme avait
tout pour reconnaître Dieu, mais il a refusé. La sagesse est maintenant outil
de connaissance de l’homme en rupture avec Dieu. Alors Dieu, dans sa
souveraine liberté, pour rétablir la communication avec l’homme, pour s’en
faire connaître, choisit ce chemin fou, paradoxal du dénuement total, de la
faiblesse jusqu’à la mort.
Il ne faudrait surtout pas à nouveau enfermer et figer Dieu dans cette
réalité, dans cette image du faible. Car Paul dit bien que cette folie est
pourtant sagesse, cette faiblesse force. Cette mort est source de vie.
3- Et nous voici arrivés à la parole de la croix source de salut.
La parole de la croix est parole qui fait advenir un changement.
Justement parce qu’ elle est contestation et critique radicale du monde et de
ses valeurs, la parole de la croix, ouvre au salut.
La parole de la croix est parole de jugement prononcé sur notre révolte
contre Dieu, sur tous nos prétendus savoir qui le nie, en fait. En entendant
cette parole de jugement, nous sommes introduits dans une nouvelle
création, un retournement spectaculaire, libre choix de la grâce de Dieu : le
crucifié est pour nous justice, sanctification, délivrance.
Tous nos faux chemins d’accomplissement, de sens, étant barrés nous
sommes introduits dans un rapport d’absolue dépendance à la seule grâce
de Dieu. Devant le Crucifié dénonçant tous ses errements, l’homme
expérimente le salut de Dieu.
Devant le dieu Crucifié l’être humain « retourné », bouleversé par la
puissance du Dieu tout-faible fait le deuil de la sagesse et de la piété, de la
religiosité du mérite. Il renonce à être l’acteur de son salut et reçoit tout de
Dieu. Il place sa confiance non dans ces capacités, son savoir, ses bonnes
actions, sa piété mais dans le seul fondement solide et durable, Dieu, Dieu
révélé en JC.
Pour conclure, il faut dire et redire, que jamais nous ne pourrons figer
cela en un système. La parole de la croix reste une parole paradoxale,
décapante, qui critique sans cesse nos modes de pensée et d’existence. Et
notamment aujourd’hui, elle critique l’humain qui rêve de toute puissance
et croit comprendre et donner sens à l’existence par la seule raison
technicienne. La parole de la croix dénonce notre système compétitif qui
dresse les uns contre les autres.
Mais la parole de la croix vient aussi, sans cesse comme à Corinthe,
critiquer et sauver les croyants en JC eux-mêmes ! Jamais nous n’avons la
main mise sur ce Dieu déroutant qui remet en cause toutes nos prétentions
orgueilleuses à le maîtriser. C’est bien quand nous nous en remettons à sa
seule grâce que nous expérimentons la puissance de Dieu dont parle Paul.
En fait, c’est en mettant en pratique, en acceptant chaque jour de vivre la
confiance en Dieu que l’étrange puissance que Dieu a caché dans le non-
sens, dans l ‘absurdité de la croix, se révèle. Et cette étrange puissance
n’est-elle pas son amour qui sans cesse barre nos fausses routes pour nous
ouvrir justement à son amour et nous le faire vivre les uns envers les autres?
Amen
Mardi 20 janvier
Mercredi 21 janvier
Jeudi 22 janvier
Dimanche 25 janvier

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