Méditation de Norbert Rouanet
Luc 24, 13-35
Avec l’aide d’un texte de la pasteure Corinne Akli.
Vous connaissez sûrement l’histoire de ce pilote perdu dans un désert de sable après une
panne de moteur. Sa vie n’avait plus beaucoup de sens, son avenir était compromis, il
croyait qu’il allait mourir là, dans le désert.
Mais voici qu’un enfant, débarqué d’une planète inconnue, vient lui expliquer le sens des
choses en lui parlant d’un mouton, d’une rose et d’un renard et de mille autres sujets
apparemment sans importance pour les grandes personnes, mais capitales pour cet enfant,
ce petit prince !
Pourquoi je vous raconte cette histoire ?
Parce que la plupart des gens qui habitent notre planète sont agités par de nombreuses
questions, vitales, ou superflues. Ils se découvrent aussi démunis que des naufragés dans
un désert sans Dieu, en quête d’un petit Prince qui leur expliquerait simplement les
mystères de la vie.
Nous aimerions arrêter un instant notre course insensée pour dire au petit Prince : « Parle-
nous de Dieu ! ».
Peut-être bien que, par des évidences toutes simples, il pourrait nous dire ce qui concerne
l’infini de notre âme ?
Mais déjà s’installe en nous un doute : le mystère de Dieu est-il aussi simple à résoudre que le problème qui consiste à protéger une rose contre les dents acérées d’un mouton vorace et virtuel ?
Pour les deux disciples qui marchent devant nous sur le chemin qui les mène à un village
inconnu, le mystère de Dieu reste opaque.
L’essentiel est invisible pour les yeux !
Ce chemin vers l’inconnu, c’est l’histoire de leur vie. Ils sont persuadés que le Dieu auquel
ils croyaient les a abandonnés.
Leur projet de vie s’est effondré, ils marchent vers un village que personne ne connaît
(qu’on situe vaguement à 12 kilomètres de Jérusalem) un village où personne ne les attend.
Ce village va prendre pour nous une valeur symbolique, il désigne notre avenir, ce lieu où
nous dirigerons nos pas mais que nous ne connaissons pas.
Marcher vers Emmaüs, c’est comme marcher dans le désert à la recherche d’un puits.
Marcher vers Emmaüs, c’est trouver un chemin de vie.
Marcher vers Emmaüs, c’est quitter l’autoroute des certitudes et des banalités, à la recherche d’une nouvelle vie, qui serait vraiment bonne et vraiment nouvelle ; une vraie Bonne Nouvelle capable de renouveler nos forces et nos mentalités.
Les informations que nous recevons sur ce village au bout du chemin sont contradictoires
et souvent inquiétantes.
Mais nous allons découvrir que sur ce chemin, celui qui est désormais le Vivant, voyage
aussi avec nous.
Il est Dieu, il est homme, il habite notre avenir.
Il est certain que les questions que l’on se pose sur Dieu ne sont pas sans intérêt dans cette
recherche que nous menons sur l’avenir, mais qui, aujourd’hui, s’intéresse encore à Dieu ?
En fait, ceux qui s’intéressent à Dieu et qui ne tarissent pas d’éloges à son sujet cherchent
bien souvent à nous entraîner dans un programme récupérateur qui placerait les hommes et
Dieu dans un monde hors de la réalité.
Et nous, nous n’avons pas envie de plonger dans l’univers glauque des sectes idéalistes et
irréalistes.
En tout cas, ce n’est pas dans cette direction que l’Evangile nous entraîne.
Par contre, si nous interrogeons, nos voisins, nos amis, nos compagnons de travail, sur ce
même sujet, nous les verrons opérer une sorte de repli, et leurs réponses vont se rapprocher de ces deux compagnons dont nous suivons la trace.
Comme eux, ils vont évoquer un passé décevant.
Ils vont nous dire que… Oui, jadis, ils allaient à l’Eglise, au temple,
qu’ils fréquentaient le catéchisme ou l’école du dimanche, ou même qu’ils ont été enfant
de chœur, pour certain amis catholique.
Et puis, un jour, tout s’est arrêté. Déçus par Dieu ou par les hommes, ils ont suivi le
penchant ordinaire de ce siècle. Ils ont cessé de croire et se sont mis à vivre comme si ce
monde avait été déserté par Dieu.
Ils disent, que l’existence qu’ils mènent sans Dieu n’est pas plus mauvaise que celle qu’ils
menaient avant.
Ils suivent leur chemin, sans se douter que sur la route qui les mène nulle part, quelqu’un
marche à leurs côtés.
Ils croient suivre une route solitaire, mais il n’en est rien.
Ils croient même avoir perdu la foi, mais il n’en est rien.
La seule chose qui ne va pas en eux, c’est qu’ils ont perdu leurs repères.
C’est pour cette même raison que les deux pèlerins que nous suivons ont quitté Jérusalem,
la Maison de l’Assemblée.
Pourtant, la suite de l’histoire va nous montrer que la vérité était à Jérusalem qu’ils
viennent de quitter, et qu’ils devront y retourner !
Et c’est un peu pareil pour nous : quand nous nous sentons perdus, incompris, abandonnés
par nos meilleurs amis, il faut faire ce que l’on nous a appris dans le Scoutisme :
Si dans un jeu de piste on se sent perdu, il ne faut pas s’affoler, ni courir dans tous les
sens, ni s’arrêter pour pleurer au bord du ravin ! Non ! Il faut simplement retourner au
dernier carrefour, au dernier signal sûr, au dernier message.
Cela ne sert à rien de s’obstiner dans de fausses directions. Retourner ?
C’est se convertir, changer de route, revenir à la Maison !
Les deux hommes sur le chemin d’Emmaüs entrent facilement en conversation avec un
inconnu croisé sur la route et qui souhaite marcher à leurs côtés.
Ils ouvrent leur cœur à cet inconnu, ils lui parlent de leurs déceptions,
du prophète assassiné qui a englouti dans la mort tous leurs projets.
Ils rapportent aussi les petits signes d’espérance qu’ils avaient reçus avant leur départ, les
propos des femmes, le tombeau vide.
Ils savaient tout ça, mais ils n’avaient rien compris.
Ils avaient maintenant besoin qu’on leur parle de ce qu’ils savaient déjà.
Besoin de retrouver du sens, de remettre tout le jeu de cartes dans le bon sens.
Cartes routières ou Jeu des 7 familles, les cartes ont besoin d’être classées, vérifiées,réparées et d’être remises en ordre, chacune à sa bonne place.
Ils sont le portrait-type de ces hommes et de ces femmes d’aujourd’hui qui ont rejeté Dieu
parce qu’ils n’arrivaient pas à en repérer la trace dans leur vie.
Parce que leurs cartes étaient mélangées, dispersées, sans intérêt.
Sans doute ont-ils été choqués par un détail, un contre-témoignage, une blessure, et voilà,
ils ont abandonné leur Jérusalem.
Ils ont fui nos églises, qui avaient heurté leur logique ou leur sensibilité.
Ils se sont exilés eux-mêmes sur des sentiers improbables.
Parce que Dieu, l’Eglise, la vie ne leur apparaissait pas comme ils se l’imaginaient. Que
pouvons-nous dire de l’Eglise ?
Qu’elle est une assemblée de croyants fidèles et parfaits ?
Non, elle est une assemblée de pécheurs, de gens ordinaires, fidèles et infidèles qui
ensemble recherchent Dieu et se mettent à son écoute.
Que pouvons-nous dire de Dieu ? Qu’il est omnipotent, très occupé à gérer toutes les
planètes du vaste univers ?
Non, Dieu lui-même est un infatigable compagnon de marche. Il accompagne chacun
chacune à son rythme, il ne se décourage pas de rechercher les brebis égarées.. Il se tient dans le silence de notre être. Le Seigneur notre Dieu reste toujours accessible à toute forme de contact avec nous ; à nous d’accepter de nous laisser accompagner par lui. Accepter de revenir avec Lui à la
Maison.
L’Evangile ne s’arrête pas le jour de Pâques. La bonne nouvelle de la résurrection n’est pas
seulement un événement que l’on commémore à date fixe.
Ce n’est pas une simple façade qui ne recouvre aucune réalité.
La résurrection, c’est aussi une fenêtre ouverte sur une autre vie possible.
Cela signifie que Dieu chemine avec nous sur cette terre et qu’il nous mobilise dans toutes
sortes de projets qui redonneront le goût de la vie aux humains.
Mais comment Dieu se fait-il connaître ?
Comment sait-on qu’il est là ?
Dans le récit que nous en a fait Luc, l’inconnu entre dans l’auberge avec eux et il s’assoit.
Il rompt le pain et dit la bénédiction.
Ce sont là les gestes de la vie quotidienne, ce sont les gestes de la vie sociale,
de l’amitié partagée.
Il n’y a aucun prodige dans ces gestes, pas de miracle non plus.
Mais toutes les fois que quelqu’un les fait en notre présence, cela nous rappelle que Jésus
est mort en les accomplissant et qu’en les faisant, il rendait visible la présence de Dieu au
cœur de chaque vie.
Tout au long du parcours qu’ils ont suivi avec le Ressuscité, ces deux hommes ont bien
senti que quelque chose brûlait à l’intérieur d’eux-mêmes quand ils marchaient avec
l’inconnu.
Le Saint-Esprit était à l’œuvre alors qu’ils marchaient. Et il en va de même pour chacun
de nous.
L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec un cœur brûlant d’amour !
Dieu nous réserve des instants d’émotion et des moments où l’on sent vibrer des sensations
au fond de nous-mêmes. C’est dans ces moments-là qu’il faut apprendre à écouter ce qui se
passe en nous.
C’est là que Jésus se laissera (re)connaître et que nous pourrons comprendre qu’il agit en
nous au nom de Dieu. Alors, les cartes se remettront dans le bon ordre, toutes les choses
que nous vivons prendront du sens et nous découvrirons tout ce que nous devons savoir sur
Dieu et sur ses projets.
La découverte de l’action de Dieu en nous relève donc de la même logique que celle du
Petit Prince qui ne comprenait pas pourquoi les adultes rendaient si complexe ce qui était
si simple et si limpide pour un enfant.
Dieu ne nous a pas abandonnés sur les chemins du monde sans aucune provision pour la
route et sans compagnon pour marcher avec nous. Dieu a tout mis en nous, le savoir et le
dynamisme, mais c’est à nous qu’il appartient de nous mettre en route.
C’est ce que font alors nos deux amis qui cessent de diriger leurs pas vers le village
inconnu mais qui tournent leurs regards vers le lieu de vie qui est ici représenté par
Jérusalem.
Amen.
Annonces pour la semaine du 19 avril 2026
- Jeudi 16 avril, ont eu lieu les obsèques de Mme Pierrette Corbière au temple St Jacques
- Nous venons d’apprendre le décès du frère de Denis Roquand. Les obsèques auront lieu mardi 21 avril à l’église évangélique.
Mardi 21 avril
- 14h00 Agapè Animation à Lagoutine : Visite du Musée Goya à Castres
Jeudi 23 avril
- 15h Culte au Refuge
Dimanche 26 avril
- 10h30 Culte au temple St Jacques
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